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Café des Femmes
Quatre femmes scientifiques retracent l’histoire de la condition féminine à travers les âges.
La plus belle histoire des femmes de Françoise Héritier, Michelle Perrot, Sylviane Agacinski et Nicole Bacharan. Seuil, 310 pp., 19,50 €.
«Un jour, le papa met une petite graine dans le ventre de la maman…».
Dès le début, l’histoire est fausse, la graine, la vraie, étant composée à parité des gènes du papa et de la maman. Mais elle a pourtant traversé les âges, la science et la technologie. «Cela peut paraître anodin, mais en réalité, cela reproduit le modèle archaïque dominant qui vient de nos ancêtres, explique l’anthropologue Françoise Héritier. Depuis toujours, les femmes sont données comme reproductrices, un simple matériau pour produire des fils. Comme dans les sociétés primitives, la femme reste une marmite !»
Depuis la fameuse Eve, «corps d’appoint de l’humain mâle», trois scientifiques remontent l’histoire de la condition féminine : Françoise Héritier, Michelle Perrot et Sylviane Agacinski, guidées par la politologue Nicole Bacharan, composent la Plus Belle Histoire des femmes. Belle, l’histoire des femmes ? Plutôt un passé d’esclaves, au service des hommes. Dans la plupart des sociétés, selon Françoise Héritier, «l’homme use de son épouse à la fois comme mère de ses fils, pourvoyeuse de confort, travailleuse et source de plaisir sexuel». Et «la pulsion masculine, fait naturel, n’est jamais remise en question, alors que la libido féminine a toujours été contrôlée». Pour l’anthropologue, le système «est fondé sur l’intériorisation par les femmes de leur infériorité». L’immense majorité des femmes n’ont laissé aucune trace. Les rares héroïnes retenues par l’histoire, Christine de Suède, Elizabeth Ire ou Catherine II de Russie, ont été «valorisées non en tant que femmes, mais parce qu’elles occupaient la place d’un homme et se trouvaient favorisées par la naissance et la fortune».
Michelle Perrot, pour qui la beauté, «nécessaire et dangereuse», est le piège tendu aux femmes depuis l’aube de l’humanité, raconte deux mille ans de civilisation, du voile chrétien au pantalon. Où l’on apprend qu’«au XIXe siècle, le préfet de police de Paris exigeait que toute femme ayant besoin de porter le pantalon en fasse la demande écrite à la préfecture». L’historienne s’intéresse à l’amour, courtois, puis bourgeois, puis romantique, réglant au passage son compte à Rousseau, qui érigea dans Emile et la Nouvelle Héloïse le modèle tenace de «l’épouse aimante, douce, soumise, bonne ménagère, mère attentive».
Sylviane Agacinski dénonce à son tour l’androcentrisme dominant dans la littérature, cet «universel masculin» qui règne depuis Platon. Elle revient au langage français, «où le masculin l’emporte sur le féminin», à la difficulté de dire «académicienne» alors que les boulangères et les infirmières sont légion : en 1987, les Immortels faisaient part de la disparition de leur «regretté confrère Marguerite Yourcenar»… «On ne peut comprendre le langage moderne sans savoir d’où il vient», dit la philosophe.
Elle rêve d’un futur où la question sera : «En quoi l’homme diffère-t-il de la femme ?» et non l’inverse. Un avenir, proche peut-être, où, comme en Norvège, on organisera des colloques sur le thème «Etre père et travailler, quel équilibre ?»
Pour Sylviane Agacinski, «le sexisme se rapproche du fascisme» et seule la «mixité est civilisatrice». Elle ajoute : «Plus une civilisation est démocratique, meilleurs sont les rapports entre les sexes. Quand les hommes sont asservis, les femmes le sont encore plus.»
Source : Pascale Nivelle Libération.fr http://www.liberation.fr/livres/01012340002-le-cheminement-des-dames
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