Les mots qui tuent, l
La violence faite aux femmes concerne toute la société , la combattre est une affaire collective.
Sophie Gourion avec son tumblr : http://lesmotstuent.tumblr.com
met en évidence, en faisant une revue de presse, que l'on peut parler de cette violence en inversant les rôles et en minimisant l'impact par l'utilisation de mots incorrects .
"Les mots tuent": tel est le nom du Tumblr que j'ai créé en mars dernier, à l'occasion de la journée des droits des femmes. Son but: collecter les articles de presse qui traitent des violences envers les femmes de manière incorrecte, contribuant ainsi à les banaliser ou à les excuser. Alors que le "crime passionnel" ne figure pas dans le code pénal, de trop nombreux journaux utilisent encore cette expression pour édulcorer ou indirectement justifier le meurtre conjugal. Les "drames familiaux", "les drames de la séparation" les "pétages de plombs" se retrouvent trop souvent encore dans les colonnes des faits divers, entre deux chiens écrasés, comme s'il s'agissait d'événements isolés, liés au hasard et non systémiques.
Aujourd'hui, j'ai choisi la date symbolique du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, pour faire le point sur les 200 articles épinglés sur le Tumblr en seulement 8 mois.
200 articles qui disent beaucoup de notre société et du chemin à parcourir pour un traitement plus juste et objectif des violences faites aux femmes.
200 titres qui illustrent bien mieux que n'importe quel long discours la prégnance du sexisme et de la culture du viol dans notre société.
Retour sur ces titres racoleurs, partiaux et sexistes qui maltraitent l'information et les victimes.
Des titres complaisants, erronés ou approximatifs qui constituent une véritable "guerre du langage"
En créant ce Tumblr, j'ai souhaité montrer que les titres minimisant les violences faites aux femmes ou les traitant sous un mode humoristique étaient loin d'être des "perles" isolées de journalistes en quête d'un bon mot mais qu'ils constituaient une véritable "guerre du langage".
En quelques mots seulement, ils mettent d'emblée les lecteur.trice.s du côté de l'agresseur ou du meurtrier: "D'être un père idéal, c'est ce qui l'a tué", "Deux ans de prison pour l'oncle gentil qui caressait sa nièce", "La descente aux enfers d'un amoureux de la terre", "Drame familial: ils formaient une belle famille", "Pédophile ou immature", "Le Casanova de la ZUP".
Véritables tire-larmes, ces articles complaisants font fi de toute objectivité journalistique en excusant l'agresseur ou le meurtrier et en ne consacrant que quelques mots à la victime.
Autre travers journalistique fréquemment rencontré parmi les 200 articles épinglés: les formulations erronées ou approximatives. Une manière indirecte de minimiser voire nier les violences vécues par les victimes. "Dérapage aux fêtes de Bayonne" pour relater 3 viols; "Amours interdites" pour qualifier des atteintes sexuelles sur mineur; "La dispute amoureuse tourne mal" pour décrire une tentative de meurtre; "Le coup de sang du dragueur de caissière" pour évoquer une tentative d'assassinat; "Une relation pas vraiment consentie" pour parler d'un viol; "Une tentative de drague qui a mal tourné" pour un meurtre.
Suite de l'article :
http://www.huffingtonpost.fr/sophie-gourion/sexisme-violences-faites-aux-femmes-les-journalistes-et-leurs-articles-sont-aussi-responsables/?utm_hp_ref=fr-homepage
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